“Bonne journée des femmes”


 
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Le 8 mars, c’est la journée internationale des droits des femmes. Sur les réseaux sociaux, de nombreux posts, articles viennent rendre hommage aux femmes. Des revendications passent à travers des messages politisés, partagés plus ou moins en masse. Des erreurs sont commises entraînant un bad-buzz sur les réseaux sociaux. Bref, que signifie cette journée, quelle est son origine, quel impact a-t’elle ?

La journée du 8 mars a été officialisée par les Nations Unies en 1977. Dans quel but ? C’est pour montrer que l’égalité entre les hommes et les femmes n’est toujours pas acquise à travers le monde. Clara Zetkin, féministe allemande, est à l’initiative de cette journée du 8 mars. En 1910, elle propose d’organiser cette journée afin de militer pour le droit de vote des femmes dans une société patriarcale, elle demandait à ce qu’au sein du couple les hommes et les femmes soient égaux. On rappelle que c’est seulement en 1966 que les femmes obtiennent le droit de gérer leurs biens propres et d’exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari. Le combat n’est pas fini et prend d’autres formes notamment les violences au sein du couple. En 2023, 93 féminicides conjugaux auraient eu lieu selon le ministre de la justice Dupond-Moretti, les associations décomptent, elles, au moins 134 féminicides. Ces variations s’expliqueraient par une différence méthodologique. Les chiffres sont utiles pour les statistiques, mais derrière ce sont des vies brisées (victimes et proches). Dans une société où la violence est commune sur les réseaux sociaux (notamment sur X anciennement twitter), il est important de sensibiliser les citoyens à cette triste réalité. La journée du 8 mars permet une mise en lumière, il faut continuer à informer et à pousser les instances à agir.

Mais, il convient de reclarifier certains termes. Le 8 mars n’est pas la journée de la femme mais la journée internationale des droits des femmes. Vous me direz qu’est-ce que ça change ? En réalité, ça change beaucoup de choses. Certaines personnes, et notamment des hommes, critiquent cette journée à coups de « Oui, mais on n’a pas de journée des hommes, bravo l’égalité ». En effet, il n’existe pas de journée de l’homme car il n’existe pas de journée de la femme. C’est une mauvaise utilisation et un raccourci douteux que l’on retrouve dans les médias pour simplifier tous les combats menés pour l’égalité. Le 8 mars, ce n’est pas juste rendre honneur aux personnalités de femmes qui ont été jusqu’au bout pour défendre leurs idées. C’est une journée pour se rendre compte du chemin parcouru mais qui reste encore à parcourir partout dans le monde pour le droit des femmes. Alors, ne dites pas « joyeuse journée de la femme », ça n’existe pas. Il ne faut pas offrir une rose rouge ou une boîte aux chocolats, ce n’est pas la Saint-Valentin (véritable fête commerciale à mon sens réutilisée à des fins mercantiles). Le but de cette journée n’est pas de faire plaisir à toutes les femmes de votre entourage, c’est une journée militante. On n’offre pas des soutien-gorge, ou des produits de marketings vendus à grands coups de communication.

Alors, qu’est-ce qui est mis en avant lors de la journée internationale des droits des femmes ? Le chemin parcouru est louable, mais il reste encore beaucoup de choses à faire. Le sujet qui revient régulièrement est l’inégalité professionnelle, problématique bien présente en France et qui fait couler beaucoup d’encres. Elle prend différentes formes : les inégalités de volume de travail, les inégalités de salaire (les plus connues sur les réseaux sociaux), l’inégalités d’accès aux emplois les mieux rémunérés. En 2017, pour un même volume de travail, les femmes salariées du secteur privée gagnent en moyenne 16,8% de moins que les hommes. Si vous voulez en savoir plus sur les inégalités professionnelles, vous pouvez retrouver l’étude de l’INSEE avec toutes les données. Cela vous permet de construire votre argumentaire si un jour on vous dit « mais l’égalité professionnelle existe en France, il faut arrêter de se plaindre tout le temps ». Au-delà de la France, la journée internationale des droits des femmes est aussi le moment pour montrer toutes les discriminations, les violences et les inégalités vécues par les femmes à travers le monde. Dans le monde, 200 millions de filles et de femmes ont été victimes de mutilations génitales. 15 millions sont mariées de force chaque année avant l’âge de 18 ans. Partout, les droits des femmes ne sont pas ou peu respectés, avec même des régressions comme aux Etats-Unis ou encore la situation désastreuse des droits des femmes en Afghanistan (plus d’accès à l’école, plus de protections quant aux violences conjugales, plus le droit d’exercer un métier). Simone de Beauvoir l’avait prédit "N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.” A travers cette journée, c’est un mouvement de solidarité militante pour que le combat continue d’avancer par un travail commun entre les femmes et les hommes. 

Alors, à ceux qui disent « pourquoi ne pas avoir une journée des droits de l’homme », sachez que cette idée a déjà été émise.  Elle existe même, c’est le 19 novembre mais elle n’est pas reconnue par les Nations Unies, et ces objectifs sont flous. Cependant, il est drôle de voir que certains s’insurgent de ne pas avoir une journée des droits de l’homme seulement le 8 mars. Il convient donc de les questionner, pourquoi est-il nécessaire d’avoir une journée internationale des droits des femmes ? En 100 ans, les problématiques sont toujours présentes, la cause des femmes a avancé mais elle reste toujours sujette aux manipulations du patriarcat. Alors, faites que cette journée du 8 mars ne soit pas juste une journée mais un comportement à adopter, car les femmes et les hommes sont égaux en droits et en devoirs.

Marine


Ressources supplémentaires

Étude de l’INSEE : Écarts de rémunération femmes-hommes : surtout l’effet du temps de travail et de l’emploi occupé

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